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    L’ ARMEE DES OMBRES


    12 SEPEMBRE 1969

     

     

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    Réalisation Jean-Pierre MELVILLE
    Scénario Jean-Pierre MELVILLE
    Photographie Pierre LHOMME
    Musique Eric DEMARSAN
    Production Films CORONA
    Distribution VALORIA
    Durée 150  minutes
    Tournage 01/69 -03/69
    Philippe GERBIER Lino VENTURA
    Mathilde Simone SIGNORET
    Luc JARDIE Paul MEURISSE
    Jean-François JARDIE Jean-Pierre CASSEL
    Félix Paul CRAUCHET
    Le bison Christian BARBIER
    Le coiffeur Serge REGGIANI

    La France en 1942. Gerbier, ingénieur des Ponts et Chaussées, soupçonné de tendance gaulliste, est incarcéré dans un camp de prisonniers. Alors qu'il prépare son évasion, il est récupéré par la Gestapo et emmené au quartier général de l'Hôtel Majestic. Il s'en échappe en tuant une sentinelle. Nous le retrouvons à Marseille chargé, avec Félix et le « Bison », de l'exécution du jeune Doinat qui a trahi un groupe de résistants. Celui-ci sera étranglé avec un torchon, car l'exécution a lieu dans une maison entourée de témoins qu'aucun coup de feu ne doit risquer d'ameuter. Félix, dans un café, rencontre Jean-François qu'il ne tarde pas à persuader d'entrer dans son réseau. Sa première mission consiste à livrer un poste émetteur à Mathilde, personnalité importante de la Résistance. Il échappe à diverses vérifications d'identité et rend visite à son frère « Saint-Luc », un grand bourgeois philosophe et mélomane qui semble vivre hors du temps. Gerbier se cache à Lyon et prépare une nouvelle mission ; embarquer 8 personnes à destination de Londres. Le « grand patron » fait partie de l'expédition et il se révélera que celui-ci n'est autre que le « paisible » Saint-Luc. Les deux frères ignorent en effet leur activité parallèle. Gerbier devra rentrer de Londres en toute hâte quand il aura appris que Félix a été arrêté par la Gestapo de Lyon et torturé. Mathildc va organiser un « coup » pour le sortir du Q.G. de la Gestapo, mais il est trop tard, Félix est mourant. Jean-François, qui s'était fait arrêter exprès pour le prévenir de son évasion prochaine, lui donne son unique pilule de cyanure. Gerbier, peu après, se fait arrêter bêtement, et est condamné à mort. Au peloton d'exécution, il échappe à la mort grâce à des fumigènes : un nouveau stratagème de Mathilde. Gerbier se fait oublier quelque temps et c'est dans sa « planque » dans la campagne que le « grand patron » lui apprend que Mathilde a été arrêtée. Elle subit un odieux chantage : on la menace d'enfermer sa fille dans une maison de prostitution du front russe si elle ne dénonce pas ses camarades. Et puis on apprend qu'elle a été relâchée : comprenant que Mathilde souhaite qu'on la supprime pour qu'elle ne parle plus, ses compagnons d'armes l'abattront en plein Paris.

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    Après le bon succès du rapace, Lino VENTURA va retrouver Jean-Pierre MELVILLE avec qui il a tourné "Le deuxième souffle" en 1966, un film d'une grande qualité. Mais là, attention, c'est pour un film que certains considèrent comme un des plus grands films français. L'inconvénient lorsqu'un film mobilise autant d'écrits glorieux qui en font un objet absolument intouchable, c'est que dès lors qu'on émet une critique ou un avis modéré dessus on passe tout de suite pour un dangereux révisionniste, un inculte, voire un crétin. ce phénomène peut s'amplifier dès lors que le sujet est grave, car le film évoque la Résistance française durant l'occupation allemande. De plus Jean-Pierre MELVILLE a lui même été résistant, alors respect.

    En 1959, Lino VENTURA, Paul MEURISSE et Serge REGGIANI  figuraient au générique de "Marie Octobre", un film où un groupe d'anciens résistants cherchaient à démasquer l'homme qui avait livré à la Gestapo le chef de l'ancien réseau. Paul MEURISSE y interprétait déjà un homme dur, Serge REGIANI le rôle du traître. Concernant Lino VENTURA le rôle était plus conforme  à son image de l'époque, soit un homme dur et puissant. Une figure, un acteur de "présence". Or, avec "L'armée des ombres" Jean-Pierre MELVILLE va le forcer à devenir un grand acteur et le pousser dans ses derniers retranchements. Retrouver une partie du casting de "Marie Octobre" n'est peut être pas une coïncidence. Pour  compléter ce casting, MELVILLE fait appel à Simone SIGNORET, une valeur sûre, évidente. Paul CROCHET est toujours ce formidable second rôle, indispensable. Jean-Pierre CASSEL apporte un petit peu de charme et de légèreté dans ce film plombant. Christian BARBIER trouve enfin un beau rôle et Serge REGGIANI trouve un rôle court, mais puissant.

    On le devine aisément, Jean Pierre MELVILLE a apporté beaucoup de soin à la réalisation du film qui se veut documentaire par bien des aspects. L'application de MELVILLE connait son paroxysme avec un sens esthétique très poussé et un souci d'exactitude indéniable. Tout est reconstitué avec un grand sens du détail quitte à donner une image terne, un ton froid et clinique. Le film se veut documentaire. Depuis de nombreuses années il portait en lui la gestation d'un film "ultime" sur la résistance française. Il a déjà porté à l'écran un des aspect de l'occupation allemande avec l'austère "Silence de la mer", mais le film n'abordait pas franchement le thème de la résistance .Avec cette adaptation fidèle au roman de Joseph KESSEL, l'auteur y parviendra.

    Tout a été dit et bien écrit (souvent avec lyrisme) concernant  la scène d'ouverture où l'on voit un défilé allemand devant l'Arc de triomphe, le ton est donné. Une scène choc qui cherche à susciter pour les spectateurs une appréhension de la dimension du choc pour le peuple français d'être envahit et dépossédé de son histoire... La reconstitution du camp de prisonniers est très loin de la représentation des camps de prisonniers dans les films américains du style "Stalag 17" où "Tonton Schulz". Dans le film, le camp est horrible, froid, boueux, triste et la mort frappe silencieusement les anonymes. La scène d'évasion de GERBIER est un moment de tension palpable ainsi que son attente dans la boutique du barbier. Il y a l'élimination du "donneur", la brebis galeuse du groupe de résistants dans des conditions horribles. Pour la première fois, les dégâts dus aux interrogatoires de la Gestapo sont montrés crûment. Félix n'est qu'un pauvre corps disloqué au visage bouffi, cassé, méconnaissable. Son corps n'est plus que douleur.

    Il y a bien sûr la célèbre scène de l' exécution sadique des prisonniers des SS. GERBIER doit courir sous le feux des mitrailleuses  et mourir sous le regard de ses tortionnaires, comme un lapin. Mais  GERBIER s'évadera grâce à Mathilde.

    Et puis il y a l'assassinat de Mathilde par ses frères du réseau.

    Lino VENTURA est extraordinaire dans sa prestation. Il est très loin du Lino que nous connaissons et interprète un personnage particulièrement antipathique. Oui, j'ose l'écrire, GERBIER est un personnage aux méthodes discutables même si , dans ce milieu, nécessité fait loi. Il sait se montrer persuasif dès lors que le réseau doit éliminer celui qui l'a dénoncé. Alors qu'ils n'ont pas le "matériel" nécessaire pour procéder à une exécution propre, ils suppriment le jeune homme en l'étranglant avec un torchon. Pas l'ombre du pitié de la part de GERBIER envers le jeune homme, qui tremble de peur et qui pleure. GERBIER doit même s'employer à convaincre ses collègues de procéder à leur mission. Le paroxysme est présent lorsque Mathilde est capturée par la Gestapo. Devinant qu'elle parlera un jour où l'autre, le réseau GERBIER en tête décide de l'éliminer. Une partie du réseau  est choqué de la décision surtout que GERBIER a été sauvé de la mort par Mathilde. L'argument déployé pour convaincre "Le bison" par JARDIE et GERBIER est discutable. Pour eux, si Mathilde gagne du temps, c'est pour que le réseau l'élimine. Elle attend sa mort pour sauver le réseau. Or, lorsqu' on regarde bien la scène de l'élimination de Mathilde en pleine rue, on constate qu'elle marque une surprise. Désirait-elle vraiment sa mort ? Nous ne le saurons jamais.

    Bien sûr le film est teinté d'actes d'héroïsme. Mathilde en particulier est formidable et prend tous les risques pour sauver ses compagnons. Jean François JARDIE se fait capturer pour tenter d'aider Félix. D'autres font acte de petits gestes, discrets mais utiles, comme ce coiffeur-barbier qui tend un pardessus à GERBIER après l'avoir dissimulé des allemands dans sa boutique.

    Si les personnages sont héroïques, ils n'en restent pas moins discutables. Les méthodes de GERBIER sont discutables. Parfois, le doute s'instaure en lui. Caché comme un rat durant des semaines dans une maison isolée, GERBIER se demande s'il sert vraiment à quelque chose.

    Le plus horrible dans cette guerre où l'ennemi est impersonnel et représente une menace globale c'est que les résistants doivent employer des méthodes guère plus reluisantes. Cette armée des ombres est parfois au niveau de l'armée allemande. C'est bien là la pire chose qu'a apporté le nazisme: la déshumanisation de l'homme qui est parfois rendu à l'état de bête.

    L'ensemble des acteurs est admirable. Lino vient de prouver qu'il est un grand acteur. Simone SIGNORET n'avait plus grand chose à prouver, mais son rôle est bouleversant. Paul MEURISSE prouve qu'il peut alterner les rôles les plus fantaisistes et les rôles où il est dur comme la pierre.

    Le ton du film est globalement glauque et démoralisant accentué par des longueurs. Ce sentiment de malaise est parfaitement volontaire de la part de  Jean-Pierre MELVILLE. Du reste, il pousse les acteurs très loin, et Lino VENTURA gardera un souvenir difficile du tournage. MELVILLE le pousse souvent à bout et reste très critique. Il trouve que Lino ne courre pas assez vite, par exemple. Des remarques régulières qui énervent Lino.

    Le compositeur du film, Eric DEMARSAN que MELVILLE était particulièrement pointilleux. Lui aussi est poussé à bout, mais jamais ne craquera au grand étonnement du réalisateur. DEMARSAN fera même remarquer à Melville que la scène d'ouverture n'est pas d'équerre et qu'il est difficile de faire coller la musique au pas des soldats. Pour le faire "tourner chèvre", le réalisateur va imposer ses méthodes d'enregistrement et se mêler de tout. Mais le résultat final est excellent, comme d'habitude, et il rappellera DEMARSAN pour "Le cercle rouge". Mais par contre Lino, lui ne reviendra pas. Malgré le désir de MELVILLE de lui faire tourner dans "Le cercle rouge", Lino refuse. Comme pour LAUTNER, Lino ne revient pas sur ses décisions quand il se fâche avec un réalisateur. Il a cependant sans doute trouvé son meilleur rôle. Pour être certain que son film retranscrit fidèlement les évènements qui se sont passés durant cette période, MELVILLE fait projeter son film à un parterre de résistants qui ne manquent pas d'être émus après la projection.

    Si aujourd'hui le film est considéré comme une pierre angulaire du cinéma, il n'en a pas toujours été ainsi, en particulier à sa sortie (le Général DE GAULLE venait de quitter le pouvoir) où les critiques ont été très tièdes du fait que le souvenir de la seconde guerre mondiale était encore vivace. Du reste le film prend un départ modeste au box office. Un bon bouche à oreille permet au film de résister plusieurs semaines dans le top 10 du box office. Au cours des années le film est régulièrement projeté et cumule aujourd'hui 1.5 millions de spectateurs. Un résultat modéré au vu de la qualité du film qui s'il est historiquement utile reste un film à déconseiller aux dépressifs.

    MELVILLE va revenir aux films de gangsters avec "Le cercle rouge" et va connaître un succès commercial beaucoup plus sensible.   

     

    CATEGORIE RANG NOMBRE
    ENTREES FRANCE   1 498 318
    ENTREES PARIS   344 251
    ENTREES BANLIEUE   110 883
    ENTREES PARIS BANLIEUE   455 134
    1ère semaine 3 29200 (3 salles)
    2ème semaine 5 28140
    3ème semaine 5 26 780
    4ème semaine 7 21 900
    5ème semaine 8 21 030
    6ème semaine 12 17 670
    7ème semaine 10 20 320
    8ème semaine 10 17 340
    Nombre de semaines Paris   15
    Moyenne salles Paris 1ère sem   9733
    Box office Espagne   184 330
    Cote du succès   * * *

     

     

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